Les violences basées sur le genre (VBG) constituent un véritable frein à l’émancipation des femmes et des filles nigériennes ainsi que leur pleine participation aux efforts de paix et de développement durable.
De nos jours, avec l’accès croissant à l’Internet et l’utilisation en pleine expansion des réseaux sociaux, des nouvelles formes de violences à l’égard des femmes et des filles commencent à prendre de l’ampleur au Niger.
Selon M. Alzouma Ibrahim Touré, Chargé de Programmes à l’ONG SOS Femmes et Enfants Victimes des Violences Familiales (FEVVF), « les formes les plus courantes des VBG numériques au Niger, sont entre autres : le harcèlement sur WhatsApp, Facebook et TikTok, l’usurpation d’identité, le partage non autorisé de contenus intimes et les messages injurieux ou discriminatoires basés sur le genre ».
Pour ces types de violences, les profils les plus exposés, ajoute M. Alzouma, sont principalement : « les jeunes filles et adolescentes, les étudiantes et utilisatrices actives des réseaux sociaux, les femmes leaders, les journalistes et militantes, les personnes vivant dans l’insécurité ou dans les zones rurales ».
Toutes ces violences, précise-t-il, ont comme facteurs aggravants : « la faible alphabétisation numérique dont souffre le pays, l’accès limité à la protection et aux recours, les normes sociales stigmatisantes et une fracture numérique de genre assez importante ».
Toutefois, mentionne-t-il, « un cadre légal existe pour lutter contre toutes ces formes de violences ». Ce cadre juridique se compose entre autres, de « la Loi sur la cybercriminalité, celle portant sur la protection des données personnelles » qui, malheureusement, déplore M. Alzouma Ibrahim Touré, « sont encore des textes peu connus et difficilement appliqués ».
Cette difficulté constatée dans l’application de ces textes règlementaires soulève un certain nombre de défis, tels que « le manque de formation spécialisée en matière de lutte contre les VBG numériques dans le rang du personnel des Forces de l’ordre, tout comme au niveau de certains magistrats ». A cela s’ajoutent « l’insuffisance de coordination entre les acteurs de lutte contre les violences basées sur le genre et la difficulté d’adaptation aux nouvelles formes de violences en ligne ».
Au vu de ce qui précède et dans un souci de booster la lutte contre les VBG au Niger, surtout numériques, M. Alzouma Touré recommande, entre autres, : « la réalisation d’une étude nationale sur les VBG numériques au Niger, la mise en place d’un mécanisme national de signalisation, l’intégration des VBG dans les politiques de protection, la formation des Forces de l’ordre, des magistrats et des travailleurs sociaux, l’organisation des campagnes de sensibilisation, la promotion de l’alphabétisation numérique des femmes et filles, la collaboration avec les opérateurs et plateformes numériques, etc. ».
La mise en œuvre de ces recommandations aura pour impact, à long terme, de « construire un environnement numérique sûr et inclusif, la réduction durable de la fracture numérique de genre et le renforcement des droits et capacités des femmes dans le numérique », a-t-il précisé.
Cherifatou Mahamadou Abdoulaye (ESSCOM)



